Le vote multiple au premier tour de scrutin en réponse à l’hystérie électorale

Le scrutin uninominal à deux tours pratiqué en France pour les élections ne pourrait-il pas être légèrement aménagé pour parvenir à un débat démocratique plus serein ?

Ce que j’ai appris en tant que concepteur de logiciels

Une solution antifragile contient en elle les options pour s’adapter.

Constat

Quand s’ouvre une campagne électorale en France, nous assistons à un spectacle de plus en plus affligeant qui fait grossir le rang des abstentionnistes. La période la plus désolante est celle qui consiste, au sein de chaque organisation politique, à choisir son candidat. 

C’est une étape nécessaire, conséquence directe du mode de scrutin, qui oblige les candidats potentiels d’un même courant politique à s’entendre pour ne pas se neutraliser le jour du scrutin.

Il peut s’agir d’une procédure de vote par les adhérents, par les sympathisants “à jour de leur cotisation” avec ou sans commission de contrôle, ou bien une procédure de désignation statutaire avec désignation préalable d’un comité de “sages”, etc… En un mot, l’horreur.

Que d’énergie dépensée ! Que reste-il de la fraîcheur de l’impétrant après des mois de débats ? Quelle clarté dans le message, quelle crédibilité conserve-il pour la suite de son parcours à force de postures, de manoeuvres, de dénigrement de ses frères d’armes ?

Le spectacle se substitue au débat d’idées, relayé par les chaînes d’information continue qui préfèrent la tambouille et les petites phrases, plus propices aux vidéos sponsorisées qu’une argumentation structurée et raisonnable.

Dans tous les cas, le mode de scrutin actuel contient le germe de la crise de nerfs pour toutes les organisations politiques qui ont une histoire. Il crée un climat de rancoeur, de blocage ou de rupture aux yeux de tous. Le véritable gâchis pour notre société, c’est le risque de l’élimination d’office de candidats de valeur.

Une solution pour demain

serait d’adopter pour le premier tour de scrutin, le choix multiple que l’on retrouve très souvent dans la vraie vie, par exemple, dans le parcours étudiant basé sur un choix ordonné de plusieurs lycées, qu’on appelle communément une liste de voeux. La procédure est la suivante : 

  • Le premier scrutin est basé sur un choix multiple, avec la possibilité , par exemple, de mettre dans l’enveloppe jusqu’à 3 bulletins tous différents, sous peine de nullité. « One man, 3 votes ».  
  • A l’issue de ce scrutin, il ne reste que les deux candidats réunissant le plus grand nombre de bulletins.
  • Sauf si l’un des deux dispose déjà de la majorité absolue de l’ensemble des bulletins, le deuxième scrutin départage les deux candidats finalistes, comme à l’habitude, avec un seul bulletin dans l’enveloppe. 

Résultat 

Sans changer la logique du double scrutin ainsi que la logistique du décompte manuel des bulletins, ce simple aménagement, qui ne touche que le premier tour, permettrait d’écarter statistiquement les candidats trop clivants, favoriserait l’émergence d’un candidat de qualité, intrinsèquement rassembleur, sans lutte fratricide, avec de bonnes chances d’une élection au premier tour.

Les procédures de sélection interne (primaires, sondages, comités…) des candidats à l’élection ne seraient pas inutiles pour autant. Mais au lieu de ne retenir dramatiquement qu’un seul candidat et tout miser sur lui (on n’est jamais à l’abri d’une révélation), en retenir plusieurs, idéalement trois, serait plus sûr, plus facile et plus flatteur quant à la richesse de leur mouvement.

Paradoxalement, le vainqueur pourrait ne pas être le leader d’une organisation politique. Et ça, ça change tout ! Il serait l’expression d’une décision citoyenne empreinte de responsabilité, pour le plus grand bien d’une démocratie qui veut avancer.

Simon Zvily – Janvier 2020

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